J’aurai pu vous parler de ces films que nous avons récemment vus au cinéma et qui n’ont pas eu de billet dédié sur le blog :

  • Mommy, que j’ai littéralement a-do-ré. Une énorme claque tant visuelle que psychologique. MON film de l’année 2014, je n’en suis que partiellement remit, et ce plus d’un mois après son visionnage. Le film est joué à la perfection, il respire l’authentique du début à la fin. À ne manquer sous aucun prétexte.
  •  Asterix – Le domaine des dieux, qui m’a réconcilié avec les histoires du village gaulois dont les derniers films m’avaient… déçu (je fais soft).
  • Le Hobbit – La bataille des cinq armées, qui clôt la trilogie du Hobbit. C’est rythmé, ça envoie, les batailles sont épiques, mais le film ne restera pas forcément dans les mémoires (en tout cas pas dans la mienne) car n’apporte pas grand-chose à l’histoire. C’est juste une énorme bataille de 2h30.
  • Magic in the Moonlight, que j’ai euh… détesté. Strictement aucun intérêt. C’est lent, le scénario est on ne peut plus light, l’humour, vous avez dit humour ? C’est joué justement, mais à part ça je ne retiendrai que le fait d’avoir perdu 1h38 de mon temps.
  • La French, vu il y a quelques jours. J’ai beaucoup aimé. L’histoire est très rythmée, c’est parfaitement joué, Dujardin et Lellouche sont au poil. Si vous aimez les films du style (biopic/mafia) je vous le recommande chaudement !

Non, le film dont je vais vous parler et pour lequel j’ai eu un coup de coeur est « Timbuktu ». Partons au Mali dans le quotidien d’un village contrôlé par les extrémistes.

Synopsis

Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane  mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans.

En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques.

Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée. Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs…

La vie, filmée.

Je vous l’ai dit lorsque je vous ai parlé d’Interstellar, je n’aime pas la science-fiction. Mais alors qu’est ce que j’aime ? Et bien, j’aime les films qui me présentent un instant de vie. Les films qui me font plonger dans le quotidien des personnages et qui me font vivre une(des) situation(s) que je pourrai moi même vivre. Le but étant de s’identifier au maximum aux protagonistes et d’être ainsi plongé complètement dans l’histoire. Mommy colle parfaitement à ce descriptif, Timbuktu également.

Le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako nous propose ici un film plus qu’inspiré de faits réels : l’occupation par des extrémistes religieux d’une partie du Mali. Le film nous permet de découvrir le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui ont vu apparaître ces étrangers venus d’Afrique du Nord pour leur imposer une nouvelle façon de vivre leur religion, une nouvelle façon de vivre leur vie.

Pendant toute la durée du film, on y découvre tout. De l’arrivée progressive des extrémistes qui « laissent faire » au départ et qui deviennent au fil du temps de plus en plus stricts. En passant par le traitement qu’ils infligent aux femmes en les obligeant à porter le voile, mais aussi des chaussettes et des gants. On a ici à faire à un semblant de Charia poussée à l’extrême.

Le réalisateur n’oublie pas de nous montrer que ces énergumènes sont en complète incohérence avec les principes religieux qu’ils sont censés promouvoir. J’en veux pour exemple la scène où le chef du groupuscule local rencontre l’imam du village qui lui démontre que tout ce qu’ils font est en opposition à la religion. Ou encore lorsqu’un extrémiste se cache derrière les dunes pour fumer, ou lorsqu’ils demandent à un jeune garçon (pour le moins égaré) de faire une vidéo pour promouvoir leurs pensées. Lui même avouant ne pas être convaincu par ce qu’il est en train de dire face à la caméra.

Le film est donc très complet et n’omet rien. La dureté de la vie locale est parfaitement ressentie par le spectateur qui se prend en pleine face des scènes d’une violence extrême. Ces scènes sont très difficiles, mais la vie de ces personnes est difficile. Le message passe donc parfaitement, encore une fois on est ainsi parfaitement imprégné par la violence vécue par ces gens.

Je n’ai pas parlé de l’histoire principale qui n’est qu’un prétexte à montrer ce quotidien joué par des acteurs pratiquement tous amateurs. Le film est parfaitement joué, parfaitement filmé, les images sont magnifiques, les décors sont somptueux et permettent de mettre en valeur des scènes mythiques (la scène clé du lac) qui restent dans les mémoires (oui cette fois-ci même la mienne).

Oui, mais…

Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce film. Il est tellement réel et bien joué qu’on prend une claque qui nous assomme quelques minutes pour nous faire réfléchir sur le sors qui est réservé à toutes ces populations. À la fin de ce film, on reste assis sur son siège quelques secondes et on se dit… « put***… ».

Mais, vous me connaissez, je cherche toujours la petite bête. Vous allez surement dire que j’abuse ou que je psychotte, mais je pense qu’une prise de recul sur tout ce qui nous entour ne peut pas nous faire de mal. Qu’est-ce que tu reproches à ce film ?

Et bien tout simplement que dans le contexte actuel, un public non averti (le 3/4 de la population si ce n’est plus) peut très vite faire un amalgame entre ces extrémistes (qui ne représente ni de près ni de loin l’Islam) et les musulmans. Je vous la fais simple : Extrémistes = Extrémistes dans le film = forcer à porter voile + chaussettes + gants. Musulman de France = Musulmans à la TV = forcer à porter le voile, etc. Donc Musulmans de France = Extrémistes. CQFD. On pousse ainsi encore plus cette islamophobie ambiante montée de toute pièce par les médias, alors que ce film ne représente aucunement les vraies valeurs qui font le quotidien de 99% des musulmans de France et d’ailleurs.

D’autre part, je ne peux m’empêcher de croire que ce film a obtenu ses financements et sa médiatisation (Festival de Cannes entre autres) car il permet également de justifier auprès des Français le fait que la France soit intervenue militairement au Mali. Intervention dont on entend absolument plus parler dans les médias, comme pour nous faire croire que la situation est réglée et que l’on a réussi. Alors que l’on a rien réussi du tout. Strictement rien n’a changé ou presque.

D’autres films tout aussi sincères et poignants, sur les sujets de Palestine ou de la situation des habitants d’Arabie Saoudite n’obtiennent pas la même médiatisation. Il y a bien une raison à cela, je vous aide encore une fois : la France est on ne peut plus sioniste, ça la fout donc mal de critiquer la maison mère… ; l’Arabie Saoudite est une alliée, de nouveau ça la fout mal de médiatiser un film qui la critique de plein fouet.

Bref, je m’écarte, mais j’espère que vous avez compris l’idée. Ce film est excellent. Courez le voir !